L’agrément des professionnels constitue, comme on pouvait s’y attendre, l’occasion d’affrontements entre les trois principaux groupes revendiquant l’ostéopathie (médecins, masseurs-kinésithérapeutes, ostéopathes à titre exclusif). Ces conflits, d’intensité variable selon les régions, nécessitent de la part de nos représentants une énergie et une conviction de chaque instant. Qu’ils soient ici remerciés pour cette mission qu’ils assurent bénévolement et avec conscience au service de tous. L’engagement de soutien logistique et argumentaire, parfois juridique, est également déterminant de la part des organisations d’origine des membres de ces commissions régionales. Grâce aux efforts de tous, cette phase délicate se déroule au mieux.
Une certitude s’impose peu à peu : un nouveau paysage ostéopathique français émergera au 1er août 2008.
La procédure d’agrément des établissements de formation, très fortement dégradée par une administration incompétente, a quant à elle accouché pour l’instant de 38 autorisations de délivrer le titre d’ostéopathe, pour un total annuel probablement supérieur à 2000 nouveaux diplômés… Cette situation, de nature à compromettre la qualité des soins, et donc à terme l’avenir de l’ostéopathie en France, ne peut rester en l’état. Le SFDO a logiquement engagé une stratégie contentieuse pour faire annuler l’ensemble des agréments qu’il juge abusifs. Celle-ci nécessitera probablement du temps avant d’aboutir, mais donnera ses premiers résultats autour de l’été prochain. Parallèlement, le SFDO a engagé une action parlementaire pour sensibiliser nos élus à la nécessité d’une régulation démographique. Plusieurs questions écrites ont déjà été posées par les députés.
Ces démarches visent à mieux délimiter les contours d’une profession que ni le législateur ni le pouvoir règlementaire n’ont souhaité définir, mais que le Conseil d’État vient pourtant de contribuer à cerner. L’ostéopathie est encore, d’un point de vue institutionnel et conceptuel, trop fragile pour qu’on néglige de la protéger. Le dogme allopathique demeure puissant, dispose de relais à tous les niveaux de décision, qu’ils soient politiques, administratifs ou académiques. Tant que la profession d’ostéopathe n’aura pas réussi à organiser son périmètre, elle sera menacée de phagocytose. Cette étape passera par une évolution des compétences, une affirmation de son efficience par l’intermédiaire d’une recherche bien conduite. Il en va ainsi de toute profession en devenir, inévitablement convoitée par d’autres acteurs. L’institutionnalisation du périmètre de l’ostéopathie, en particulier de son statut professionnel, est par conséquent, et pour l’instant, une absolue nécessité. Pourtant, les ostéopathes doivent prendre conscience que cette démarche de délimitation territoriale s’inscrit à contre-courant d’une tendance générale à l’atténuation des frontières interprofessionnelles. C’est ainsi que dans un récent rapport de la HAS[1], la notion de compétence est préférée à celle de qualification, les tâches supplantant les actes. Cette évolution est probablement souhaitable en termes de santé publique, mais prématurée pour l’ostéopathie, dès lors qu’elle s’inscrit en rupture avec l’allopathie.
Notre profession doit, dans les années à venir, savoir trouver un juste équilibre entre la prise en compte de ses propres intérêts et celle de son environnement. À défaut, elle s’enfermera dans un ostéo-centrisme dangereux, car tellement trompeur…
Philippe Sterlingot, Président du SFDO
[1] Les nouvelles formes de coopération entre professionnels de santé : les aspects juridiques - HAS, octobre 2007